Eric Huysecom

Professeur associé, dépt. de Génétique & Evolution, Université de Genève

De quoi vous occupez-vous actuellement ? Qu’est-ce qui se trouve sur votre bureau ?

La signature d'une convention de collaboration bilatérale entre la plus importante association d'archéologues existant en Europe, l'European Association of Archaeologists, et la Society of Africanist Archaeologists que je préside actuellement, m'a beaucoup occupé ces dernières semaines. Nous venons de la signer et maintenant je contacte les différents chercheurs afin de concrétiser ces accords et d’organiser des conférences communes. La préparation de nos prochaines missions de terrain en Afrique, et la recherche de fonds pour acheter un véhicule 4x4 pour les réaliser, figure aussi parmi mes préoccupations du moment. Sur mon bureau, à côté de l’ordinateur, trône une gomme en forme de tyrannosaure offerte récemment par ma fille et, moins attrayant, des paquets de reçus à coller et à introduire à la comptabilité centrale.

Comment êtes-vous arrivé là, où vous vous trouvez aujourd’hui ?

C'est une longue histoire. Je suis parti d'une formation en préhistoire européenne et en histoire de l'art à l'Université libre de Bruxelles, pour aboutir comme chercheur - boursier à l'Université de Francfort, après un détour par la Grèce comme pêcheur. Les hasards des rencontres dans les couloirs de cette université allemande m'ont fait rencontrer le professeur fondateur de la "Weltarchäologie", Hermann Müller-Karpe. Conquis par mon enthousiasme (et ma connaissance de la langue française), il m'a envoyé en 1979 sur le terrain, en Afrique, pour y fonder un programme de recherche et me recruter pour l’Institut Archéologique Allemand. Je n’avais auparavant jamais posé le pied sur ce continent, mais ne l'ai plus quitté depuis. De fil en aiguille, de rencontre en rencontre, un professeur de l’Université de Genève que j’avais guidé sur le terrain au Mali, Alain Gallay, m’a proposé en 1988 de rejoindre son Université. J’ai accepté son offre et, aujourd’hui presque 30 ans plus tard, j’y dirige le Laboratoire Archéologie et Peuplement de l'Afrique, un groupe de chercheurs, enseignants et étudiants, qui s’intéressent à différentes périodes chronologiques et à diverses disciplines autres que l’archéologie telles que l’histoire, l’archéobotanique, l’ethnoarchéologie ou l’archéozoologie. Depuis 2012 j’exerce aussi les fonctions de délégué du Rectorat de l'Université de Genève pour l'Afrique.

Qu’est-ce qui vous a motivé à faire votre choix d’études ?

J'ai choisi d'étudier l'archéologie par passion. A 6 ans j'avais déjà trouvé mes premières pointes de flèches préhistoriques dans un endroit très improbable (un tas de graviers de construction derrière la maison où j'habitais), et à 9 ans je découpais des pommes à l’aide d’une épée princière carolingienne ornée d’une garde en or, que j’avais découverte dans un tas de déblais au fond du jardin de mes grands parents à Bruxelles. A 12 ans je déchiffrais couramment les monnaies romaines au cabinet des médailles de Bruxelles, ceci grâce à une dérogation exceptionnelle vu mon très jeune âge. Entré à 14 ans dans une association d’archéologues amateurs, j’ai fouillé à 15 ans ma première tombe mérovingienne en toute autonomie. Ceci fait qu'après un détour par la médecine vétérinaire, je suis revenu à mes premières amours et me suis lancé à 20 ans dans les études d'archéologue préhistorien.

En quoi, votre activité vous fascine-t-elle particulièrement ?

Le potentiel de découverte qui est là, chaque jour à notre portée, et le continent africain, sa richesse culturelle et ses leçons de vie.

Quel est votre domaine d’expertise particulier ?

Mon domaine général d'expertise est, comme vous l’aurez compris, l'archéologie africaine. Toutefois, au cœur de cette discipline, « les pôles forts » de ma recherche portent sur le Néolithique et l'émergence des inventions techniques (les premières céramiques, l’émergence de la métallurgie, etc.) en relation avec les variations climatiques et environnementales. Mais je suis aussi intéressé par l'archéologie précoloniale, soit la compréhension des établissements européens en Afrique antérieurs à la colonisation. D'autre domaines plus administratifs s'ajoutent aussi aux volets scientifiques, par exemple les relations académiques, stratégiques et diplomatiques entre mon université et les institutions africaines, ce qui rentre dans mes fonctions au Rectorat. Enfin, tout autre chose, je suis aussi reconnu comme expert pour certains peintres flamands du XVIIe siècle.